 LE MONDE VU SOUS L'ANGLE DE LA CROIX |
Avec sa femme Eve, Adam fut le premier être humain à envisager l'idée qu'il puisse être «comme Dieu» (Genèse 3.5), notion qui constitue l'essence même de la vision du monde tout à fait égocentrique que Satan s'emploie répandre. Depuis Adam, d'innombrables êtres humains ont été séduits par Satan au point de croire qu'ils étaient leur propre dieu et, de nos jours, le mouvement du Nouvel Age propage ce mensonge à une échelle impressionnante et planétaire.
Cependant, le récit biblique de la création établit clairement que seul le Créateur est véritablement Dieu. Adam et ses descendants ne sont pas des dieux; nous sommes des créatures incapables d'exister en dehors de Dieu. Adam devint un être vivant lorsque Dieu lui insuffla la vie. Il avait beau être vivant physiquement et spirituellement, Adam n'était pas un dieu. Dieu le mit en garde en lui expliquant que s'il mangeait de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, il mourrait. Mais Satan lui affirma que Dieu ne savait pas ce qu'il disait et que le fait de manger du fruit défendu libérerait son potentiel divin. Adam en mangea et mourut - pas physiquement, dans un premier temps, mais spirituellement. Son péché le sépara de Dieu, à la suite de quoi il fut chassé du jardin d'Éden.
Depuis Adam, tout être humain qui vient au monde naît en étant physiquement vivant, mais spirituellement mort (Éphésiens 2.1). Une fois séparés de Dieu, les hommes cherchèrent à se faire une réputation et à donner eux-mêmes un but à leur vie en s'appuyant sur l'ordre naturel des choses. Chacun devint son propre petit dieu et l'existence de l'homme fut désormais inspirée par l'orgueil, l'exaltation de soi et l'indépendance à l'égard du Dieu qui l'avait créé. L'homme proclama: «Je suis le capitaine de mon âme et le maître de mon destin! » La pensée diabolique selon laquelle l'homme est son propre dieu constitue le ressort de notre monde déchu et le maillon principal de la chaîne qui maintient spirituellement esclave du royaume des ténèbres.
Le problème, lorsque nous essayons d'être notre propre dieu, c'est que nous n'avons jamais été censés occuper cette fonction. Il nous manque les attributs nécessaires pour nous permettre de choisir notre propre destinée. Même Adam dans le jardin d'Éden - lui qui était pourtant alors sans péché et spirituellement vivant -, n'était pas équipé pour être son propre dieu. Ses descendants le sont donc d'autant moins, eux qui viennent au monde physiquement vivants, mais spirituellement morts. Contrairement à ce que nous affirment les adeptes du Nouvel Age, nous n'avons jamais eu et nous n'aurons jamais la capacité d'être Dieu, ni même un dieu. Il n'y a qu'un seul Créateur infini; tout le reste est une création marquée par la finitude.
Si vous désirez vivre en étant libéré de l'esclavage du monde, de la chair et du diable, il faut que soit brisé ce maillon principal de la chaîne. Il faut que la vision égocentrique du monde que répandent partout Satan et ses émissaires soit remplacée par le point de vue que Jésus présenta à ses disciples juste après que Pierre lui eut reproché de ne pas vouloir préserver sa vie:
Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge de sa croix et qu'il me suive. Quiconque en effet voudra sauver sa vie la perdra, mais quiconque perdra sa vie à cause de moi la trouvera. Et que servira-t-il à un homme de gagner le monde entier, s'il perd son âme? Ou que donnera un homme en échange de son âme? Car le Fils de l'homme va venir dans la gloire de son Père avec ses anges, et alors il rendra à chacun selon sa manière d'agir (Mt 16.24-27).
Ce passage est le message central de chacun des quatre évangiles. J'ai coutume de dire que celui qui passe à côté de ce message commet la « grande et grave omission ». En écrivant Rivers of Revival (Regal Books) avec Elmer Towns, je suis arrivé à la conclusion que l'autosuffisance est le principal barrage qui retient les torrents du réveil. Nous nous efforçons d'accomplir l'œuvre de Dieu à notre manière et par nos propres moyens, et nous en sommes incapables. Dans le passage de Matthieu cité plus haut, Jésus donne six instructions qui résument la vision du monde sous l'angle de la croix. Elles constituent des principes fondamentaux pour quiconque veut être libéré de l'esclavage par rapport au système du monde et au diable, qui en est l'inspirateur. Si vous demeurez dans la lumière de la croix, vous réussirez à trouver votre chemin dans ce monde de ténèbres.
Renoncer à soi-même
Renoncer à soi-même n'est pas la même chose que l'abnégation. Les étudiants, les athlètes et les adeptes de certaines sectes pratiquent l'abnégation, dans le sens où ils s'abstiennent de substances et d'activités particulières qui les empêcheraient d'atteindre leurs objectifs. Cependant, le but final de ce type d'abnégation n'est en fait rien d'autre que la recherche de son intérêt personnel: obtenir la meilleure note, battre un record, parvenir à un certain statut et être reconnu.
Renoncer à soi-même, en revanche, c'est renoncer à être maître de soi-même. La mort à soi-même est le plus grand combat que nous ayons à livrer dans notre vie. La chair joue des coudes pour parvenir jusqu'au trône et se bat pour être Dieu. Mais Jésus ne s'engage pas dans ce combat: il l'a déjà gagné. C'est lui qui occupe le trône et il propose gracieusement de le partager avec nous. Le problème est que, pour quelque motif fallacieux, nous voulons être rois et diriger nous-mêmes notre vie. Tant que nous ne serons pas prêts à renoncer au rôle qui ne nous revenait pas être Dieu dans notre vie -, nous ne serons jamais en paix avec Dieu ni avec nous-mêmes et nous ne serons jamais libres.
Vous n'avez pas été créé pour fonctionner dans l'indépendance vis-à-vis de Dieu, pas plus que votre âme n'a été créée pour exercer la fonction de maître. « Nul ne peut servir deux maîtres» (Matthieu 6.24). En renonçant à vous-même, vous invitez Dieu à monter sur le trône de votre vie, à occuper la place qui lui revient de droit, afin de pouvoir fonctionner comme quelqu'un de spirituellement vivant en Christ. Renoncer à soi-même est essentiel pour parvenir à la liberté spirituelle.
Se charger de sa croix chaque jour
La croix que nous devons porter au quotidien n'est pas la nôtre, mais la croix de Christ. Paul a écrit: «Je suis crucifié avec Christ, et ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ, qui vit en moi; ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi» (Galates 2.20). Par sa croix, nous avons été pardonnés de ce que nous avons fait et délivrés de ce que nous étions. Nous sommes pardonnés parce qu'il est mort à notre place; nous sommes délivrés parce que nous sommes morts avec lui. Grâce à l'œuvre accomplie sur la croix, nous avons été à la fois justifiés et sanctifiés.
Se charger de sa croix au quotidien, c'est reconnaître chaque jour que nous appartenons à Dieu. Nous avons été rachetés par le sang du Seigneur Jésus-Christ (1 Pierre 1.18-19). En prenant notre croix, nous affirmons que notre identité n'est pas ancrée dans notre existence physique, mais dans notre relation avec Dieu. Nous sommes enfants de Dieu (l Jean 3.1-3). Notre vie est en Christ, car il est notre vie (Colossiens 3.3-4).
Suivre Christ
C'est mener une lutte sans espoir que de chercher à dominer son moi par ses propres efforts. Notre moi ne chassera jamais notre moi, car un moi indépendant qui est motivé par la chair restera toujours animé par le désir d'être un dieu. Nous devons suivre Christ en nous laissant conduire par le Saint-Esprit: il nous faut passer par la mort à la vieille nature que nous avions en Adam, puis endosser la nouvelle nature que nous avons désormais en Christ. « Car nous qui vivons, nous sommes sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus se manifeste aussi dans notre chair mortelle» (2 Corinthiens 4.11).
Ce chemin peut vous sembler plutôt lugubre à emprunter, mais je vous assure qu'il n'en est rien. C'est une expérience formidable que d'être connu par le grand Berger et de le suivre telle une brebis (Jean 10.27). Même si la conséquence en est la mort à soi-même, le fait que nous soyons conduits par l'Esprit de Dieu nous donne l'assurance de notre filiation (Romains 8.14). Nous n'avons pas été créés pour fonctionner dans l'indépendance vis-à-vis de Dieu. C'est seulement lorsque nous sommes dépendants de lui et résolus à suivre Christ que nous sommes accomplis et libres de prouver que la volonté de Dieu est bonne, agréable et parfaite (Romains 12.2).
Sacrifier sa vie terrestre pour gagner la vie céleste
Si vous voulez sauver votre vie terrestre - autrement dit, trouver votre identité et votre sentiment de valeur personnelle dans le statut social, les titres, la réussite et les biens, et chercher uniquement le bien-être terrestre -, vous la perdrez. Dans le meilleur des cas, vous ne pourrez posséder ces biens d'une valeur temporelle que pendant quelques années, et le tour sera perdu pour l'éternité. Qui plus est, en faisant tous vos efforts pour posséder ces trésors terrestres, vous manquerez de gagner tout ce qui peut vous appartenir en Christ. Si vous visez ce monde, c'est tout ce que vous obtiendrez et, au bout du compte, vous perdrez même le peu que vous aurez. Par contre, si vous visez le monde à venir, Dieu vous donnera en prime le privilège de le connaître dès à présent. C'est ce que Paul a dit en d'autres termes: « Car l'exercice corporel est utile à peu de choses, tandis que la piété est utile à tout, elle a la promesse de la vie présente et de la vie à venir» (1 Timothée 4.8).
Sacrifier le plaisir des biens pour gagner le plaisir de la vie
Qu'accepteriez-vous de donner en échange du fruit de l'Esprit dans votre vie? Quel bien matériel, quelle somme d'argent, quel statut ou titre échangeriez-vous contre l'amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la bienveillance, la fidélité, la douceur et la maîtrise de soi? Penser que les titres et les biens du monde peuvent procurer l'amour, la joie, la paix, etc., c'est croire au mensonge de ce monde. Manifestement, l'homme préfère être un animal heureux plutôt qu'un enfant de Dieu béni. Or c'est seulement en demeurant en Christ qu'on peut recevoir le fruit de l'Esprit.
Jésus aborda précisément ce dilemme avec deux femmes qui comptaient parmi ses amis les plus intimes: Marthe et Marie (Luc 10.38-42). Ce jour-là, alors que Jésus était venu leur rendre visite, Marthe était tout absorbée par la préparation du repas et le service, « s'inquiétant et s'agitant pour beaucoup de choses» (verset 41), tandis que Marie avait choisi de concentrer son attention sur Jésus et ses paroles. Alors que Marthe avait tendance à aimer les choses matérielles et à utiliser les gens, Jésus indiqua que Marie avait choisi « la bonne part» (verset 42) en aimant les gens et en utilisant les choses matérielles. Dès lors que nous avons appris à aimer Dieu et nos semblables, nous avons déjà remporté une certaine victoire sur nous-mêmes.
Sacrifier le temporel pour gagner l'éternel
La plus grande preuve de maturité spirituelle est peut-être la capacité de remettre les récompenses à plus tard. Nous lisons en Hébreux 11.24-26: « C'est par la foi que, devenu grand, Moïse refusa d'être appelé fils de la fille de Pharaon, aimant mieux être maltraité avec le peuple de Dieu que d'avoir la jouissance éphémère du péché. Il estimait en effet que l'opprobre du Christ était une plus grande richesse que les trésors de l'Egypte; car il regardait plus loin, vers la récompense. » Cela vaut bien mieux de savoir que nous sommes enfants de Dieu plutôt que d'obtenir dans ce monde quelque chose que nous finirons fatalement par perdre. Même si le fait de suivre Christ entraîne des épreuves ici bas, le Seigneur nous offrira une compensation éternelle dans l'au-delà.
Le mensonge suprême de Satan consiste à vous faire croire que vous êtes capable d'être le dieu de votre vie - et son moyen suprême de vous asservir est de vous faire essayer de vivre comme si ce mensonge était la vérité. Satan est résolu à usurper la place de Dieu dans votre vie. Chaque tentation dont vous êtes l'objet est une tentative de sa part de vous amener à vivre dans l'indépendance vis-à-vis de Dieu. Chaque fois que vous vous centrez sur vous-même et non sur Christ, ou que vous préférez les valeurs matérielles et temporelles à celles qui sont spirituelles et éternelles, le tentateur est parvenu à ses fins. Le credo de notre monde déchu consiste à accorder une importance excessive au moi tout en empêchant Dieu d'occuper la place de Seigneur qui lui revient de droit. Satan ne pourrait être plus satisfait: tel était son dessein dès le départ.
(Extrait du livre Le Libérateur de Neil Anderson) |
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